C’est décidé, la reine d’Espagne n’assistera pas aux fêtes du jubilée de la reine d’Angleterre. Cette Sophie, qui était grecque avant de devenir espagnole, est bien ingrate ; elle semble avoir oublié que c’est grâce aux efforts de Winston Churchill que la Grèce n’a pas été abandonnée à l’URSS lors des accords de Yalta.

Mais pour cette fois, Sophie l’Espagnole aurait un bon motif de fâcherie : Gibraltar. Le fameux rocher a été occupé par les Anglais – aidés en cela par les Hollandais qui sont de tous les mauvais coups – en 1703-1704. Dix ans plus tard, le traité d’Utrecht a entériné cette extravagante situation de fait et Gibraltar est devenue britannique, ce qui déplait fortement aux Espagnols comme on peut le comprendre.

L’endroit est minuscule puisqu’avec ses 30.000 habitants, il offre une densité de plus de 4 200 Gibraltariens (on dit là-bas « Les Llanitos » au km2, sans compter bien sûr les très nombreux macaques berbères qui forment la seule population de singes sauvages en Europe. Mais si Gibraltar est petite, sa position stratégique est évidemment remarquable puisque la ville et son port contrôlent tout le trafic maritime depuis et vers la Méditerranée par le détroit, celui des Colonnes d’Hercule, qui ne mesure guère plus de quatorze kilomètres.

Telle une bernique, l’Angleterre s’accroche donc à son rocher comme elle le fait bien plus loin, dans les Malouines. Il se murmure d’ailleurs que la douce Cristina Kirchner, présidente argentine, ne devrait pas assister non plus à la réception de Buckingham.

Face aux revendications espagnoles, les Anglais brandissent les résultats d’un référendum organisé à Gibraltar en 2002 par le gouverneur d’Elizabeth Windsor. Il y était simplement question de souveraineté partagée entre les deux couronnes, d’une sorte de condominium. Les Llianitos, adossés à leurs multiples privilèges de citoyens britanniques, ont refusé à 98,48 %. Peut-être les habitants de Hong-Kong auraient-ils fait une réponse similaire si on les avait consultés avant la rétrocession de leur territoire à la Chine populaire.

Dans l’immédiat, l’Espagne qui crie très fort à propos de Gibraltar, ne parle pas de renoncer aux deux enclaves qu’elle détient au Maroc, les présides de Ceuta et Mellila. En sorte que Mohamed VI devrait participer au jubilée d’Elizabeth II.

Pour connaître le détail des trafics se déroulant dans cette région ultra-sensible, on peut lire « Le cimetière des bateaux sans nom » et « La Reine du Sud » d’Arturo Perez-Reverte.